Ce premier atlas régional « la santé au travail » est le fruit d’une collaboration entre la CRAM, la DRTEFP et les services de santé au travail (médecins du travail). Son but est de répondre au volet « amélioration de la connaissance de la santé au travail » du plan régional de santé publique 2007 – 2011 pour mieux construire la prévention des risques professionnels.
La situation régionale y est tout d’abord comparée avec celle du pays. Le taux et l’indice de fréquence (respectivement nombre d’arrêts imputables à des accidents du travail pour 1 million d’heures travaillées et pour 1000 salariés – soit 42 et 39,4) sont, depuis 2003, supérieurs de 2 points à la moyenne nationale. Ce taux plus élevé dans notre région est vraisemblablement dû aux particularités de la population salariée qui est dans l’ensemble plus jeune et moins qualifiée que la moyenne française.

- André-Marie Loock, Sous directeur Santé travail de la CRAM Nord-Picardie, Henri-Pierre Radondy, Directeur Général de la CRAM Nord-Picardie et Philippe Lemaire, Directeur Adjoint de la DRTEFP
Disparités dues à l’histoire industrielle
Les données sont ensuite décortiquées par bassin d’emploi dans notre région. Pour une meilleure compréhension, outre les accidents du travail, la population active de chaque bassin est aussi précisée. Ainsi, dans le bassin lillois, si le nombre brut des accidents avec arrêt est le plus élevé de la région (10 732 en 2007) c’est aussi de loin le secteur le plus peuplé (786 000 habitants). Rapporté à 1000 salariés, le taux de fréquence (23,7 accidents pour 1 millions d’heures travaillées) est un des plus faibles de la région. Ces accidents sont aussi en moyenne moins graves que dans le reste du Nord – Pas de Calais. Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’une plus grande part des travailleurs oeuvrent dans le tertiaire (83,3 %).
A l’inverse, les accidents et maladies du travail sont sensiblement plus fréquents dans le bassin de Lens-Hénin (38,2 pour 1 million d’heures). Et plus graves (échelle de gravité : 2 contre une moyenne de 1,24). Là encore, les caractéristiques de la population salariée et la nature du tissu économique paraissent constituer les facteurs explicatifs prépondérants. Les travailleurs y sont plus jeunes que la moyenne et la courbe des âges montre que les moins de 25 ans et les plus de 50 ans sont plus souvent victimes d’accident du travail. La nature de l’activité de ce bassin, principalement le bâtiment et l’industrie, est aussi plus accidentogène.

Le secteur du travail intérimaire fait l’objet d’une étude spécifique dans cet atlas. Ces emplois temporaires représentent 40000 équivalents temps-plein dans la région, soit 4% de l’effectif salarié privé, principalement dans l’industrie et le bâtiment. Cette répartition est proche de celle constatée à l’échelle nationale. Les intérimaires travaillent dans des secteurs où les contraintes physiques sont courantes et, dans ces secteurs, ils sont plus exposés aux risques que les autres salariés. Cela peut s’expliquer par le fait que les formations de sécurité sont prises en charge par l’employeur, en l’occurrence l’agence d’intérim, et non par la société dans laquelle ils effectuent leurs missions plus au fait des risques liés au poste de travail.
Maladies professionnelles
Pour terminer, cet atlas propose un bilan sur les maladies professionnelles. Les quatre principales pathologies prises en compte sont :
les TMS (troubles musculo-squelettiques) occasionnés par des gestes répétitifs et le port de charges lourdes
les maladies liées à l’amiante, particulièrement présentes dans la région
la surdité (due au bruit des machines)
les troubles liés à l’utilisation de produits mutagènes, cancérigènes ou toxiques qui sont largement sous-déclarés et sous-reconnus car le temps entre la période d’exposition aux risques et l’apparition de la maladie peut être très long.
Les risques psycho-sociaux font aussi, pour la première fois, l’objet d’une étude. Encore mal connus, ils prennent en compte toutes les situations de stress, violences verbales et physiques, harcèlements, conduites addictives et souffrance au travail. Les données présentées sont issues d’enquêtes auprès des salariés ou de rapports d’activité de médecins du travail. En 2006, ils étaient, après les risques physiques et chimiques, la 3e cause d’intervention des médecins en milieu professionnel.
Cet Atlas devrait être réactualisé et étoffé chaque année pour mieux suivre l’évolution des accidents professionnels.
L’atlas est consultable en ligne sur le site http://www.cram-nordpicardie.fr
