Après le 16 mai, il sera trop tard. « C’est le premier élément que nous essayons de faire passer, notamment auprès des politiques. » Régis Verley, président de l’association TV Lille, insiste sur les échéances. C’est donc par un rappel du calendrier qu’il a entamé la réunion publique de TV Lille, organisée le 1er avril au Club de la presse. L’imminence du lancement d’un appel à candidatures du CSA, sur Lille et la région, a entraîné en décembre dernier la naissance d’un collectif (professionnels de l’audiovisuel, journalistes, représentants du monde associatif…), aujourd’hui constitué en association (1). Cet appel à candidatures, sur les canaux de la TNT (télévision numérique terrestre), a été lancé début février et fixe la remise des dossiers au 16 mai. Mais candidatures à quel type de chaîne exactement ? De fait, deux relais de télévision existent : à Bouvigny Boyeffles (Pas-de-Calais) et Lambersart. La première antenne permet de couvrir tout le Nord-Pas de Calais (hormis certaines zones du Calaisis et du Boulonnais), soit environ 3,5 millions de téléspectateurs potentiels. La seconde concerne essentiellement la métropole lilloise, plus un bout de la Belgique et de l’ex-bassin minier. Ce qui représente environ 1,3 million d’habitants.

Un même opérateur ne pourra détenir les deux canaux
« Il y a, de par la loi, impossibilité à ce qu’un même opérateur dispose de deux antennes couvrant le même secteur », expose Régis Verley. En clair : la chaîne régionale et la chaîne métropolitaine ne pourront pas être attribuées au même candidat. « Nous avons pas mal discuté », explique le président de l’association. TV Lille a finalement décidé de poser sa propre candidature pour la chaîne métropolitaine, consciente que l’échelle du Nord-Pas de Calais était un peu large pour ses épaules. Ce qui ne signifie pas qu’elle abandonne toute ambition pour le versant régional de l’appel à candidatures. Pour celui-là, « nous avons privilégié la recherche d’un accord qui, s’il existe, sera tripartite ». Avec dans le rôle des trois parties le Conseil régional, La Voix du Nord et TV Lille.
Il n’est en effet un secret pour personne que le groupe Voix du Nord se prépare depuis des années à un appel à candidatures du CSA pour une chaîne régionale ou métropolitaine. Le rachat à Dalkia de la chaîne câblée C9 TV, désormais intégrée à la filiale audiovisuelle du groupe, Nep TV, avait d’ailleurs été effectué dans cette optique. A plusieurs reprises, Jean-Michel Lobry, PDG de Nep TV, a rappelé que si le groupe Voix du Nord n’obtenait pas cette chaîne de télévision, il se séparerait de C9, qui accuse des pertes financières. Reste à savoir si TV Lille peut trouver sa place dans le dossier de candidature de La Voix du Nord – considéré par beaucoup comme grand favori –, qui fédère également des chaînes belges. De son côté, le président du Conseil régional – même si des élus se sont interrogés sur le type exact de collaboration qui en ressortirait – a fait savoir que le dossier Voix du Nord avait son soutien, y compris avec des arguments sonnants et trébuchants.
Contacts avec les groupes politiques de LMCU
TV Lille a été reçue par la Région et a eu des contacts informels avec La Voix du Nord, qui a d’ailleurs annoncé dans ses colonnes la tenue de cette réunion publique au Club de la presse. Régis Verley veut y voir « un gage de bonne volonté », ou au moins la preuve que « La Voix du Nord a admis l’existence de TV Lille ». « Nous pensons aboutir », assure-t-il, en ajoutant cependant qu’il reste du travail pour arriver à un véritable accord.

TV Lille a constitué des commissions, chargées notamment de réfléchir aux financements et à une esquisse de grille des programmes. L’économie sociale et solidaire, l’Europe, le monde universitaire ou encore la proximité (en particulier la vie des quartiers) font ainsi partie des thématiques mises en avant par l’association. « Bien sûr, tout cela doit être précisé », commente le président de TV Lille. Parallèlement, des rencontres ont eu lieu avec les groupes politiques représentés à Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). Le groupe des Verts a intégré dans son projet communautaire cette question de la télévision locale. Les socialistes, de leur côté, ont du moins inclus l’idée. « Nous attendons des réponses des autres groupes politiques », précise Régis Verley.
Objectif : un dossier comportant des courriers d’élus
Des rendez-vous sont également organisés avec des maires de la métropole lilloise. Le matin même de la réunion publique, TV Lille rencontrait Gérard Caudron, le nouveau maire de Villeneuve d’Ascq. « Nous espérons pouvoir, le 16 mai, déposer notre dossier avec des courriers signés par des groupes politiques communautaires et par certaines villes », précise Régis Verley. Pour les financements, TV Lille compte essentiellement sur les subventions. Là encore, la clé se trouve, en partie, du côté de LMCU : « Tout dépend de la volonté des élus communautaires. »
Côté fonctionnement de la (possible) future chaîne, Régis Servant, vice-président de l’association, explique qu’il sera impossible pour l’équipe, aux dimensions forcément modestes, de tout réaliser en interne. TV Lille travaille donc sur « la logique d’une petite équipe, avec appel régulier aux structures de production qui existent ». « Nous avons tous des idées d’émissions que nous voudrions faire, mais aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore à définir une grille [de programmes] », ajoute-t-il. Les programmes diffusés par la chaîne seraient donc pour la plupart des coproductions. A terme, selon les critères du CSA, une chaîne locale doit diffuser 12 heures hebdomadaires de programmes « frais », c’est-à-dire en première diffusion. « Nous savons très bien que la première année, nous n’y arriverons pas », reconnaît Régis Verley, qui veut cependant croire que la candidature a de véritables chances.
« Nous serons le seul dossier citoyen »
« Nous serons le seul dossier citoyen », assure-t-il. Pour l’illustrer, il prend l’exemple de NRJ, qui sera très certainement candidate à la fréquence (2), comme elle l’a fait ailleurs en France, dans l’objectif de constituer un réseau national, à l’image de ce que le groupe a construit en radio. « Si NRJ monte son réseau national, quel y sera le poids d’un élu communautaire, d’un conseiller régional ? », s’interroge Régis Verley.

TV Lille compte donc jouer cette carte de la citoyenneté et de la proximité pour défendre sa candidature. Tout en reconnaissant que pour le volet financier, si la partie « dépenses » devrait être correctement estimée, la colonne « recettes » comportera des incertitudes. « Notre espoir est que le CSA prenne en compte ce dossier et nous invite à Paris pour le défendre, confie le président de TV Lille. C’est à ce moment-là que nous irons tirer à nouveau la sonnette des financeurs. »
Quelle place pour les territoires ruraux ?
Dans la salle du Club de la presse, bien remplie pour l’occasion, la présentation du projet de TV Lille a suscité quelques échanges. Comme cette habitante de la Communauté de communes du Pays de Pévèle, qui a demandé si les territoires ruraux auraient un espace sur cette chaîne. « Pourquoi pas ? », lui a-t-on répondu en substance, même si les forces vives de l’association sont, pour le moment du moins, constituées de citadins.
Il a également été demandé quel type de partenariats TV Lille envisage avec les collectivités et si ces derniers supposeraient un regard sur le contenu rédactionnel. « C’est un des problèmes dont il faudra parler » et « il faudra sans doute se battre », admet Régis Verley. Pour le moment, l’association réfléchit à la mise en place de « contrats d’objectifs » avec ces financeurs potentiels et insiste sur le « comité éthique » qu’elle compte créer. TV Lille revendique en tout cas un modèle reposant majoritairement sur des financements publics, dans lequel la publicité, si elle n’est pas absente, représente la portion congrue. « Si le CSA veut privilégier des financements privés [pour la candidature retenue], il décidera », conclut Régis Verley.
Ludovic FINEZ
(1) TV Lille a son site internet (www.telelille.org), sur lequel elle présente sa démarche et notamment la charte qu’elle a adoptée. Lire également nos articles précédents.
(2) L’appel à candidatures recevra bien sûr de nombreuses autres réponses, notamment des groupes d’ampleur nationale. Télé Mélody, qui émet depuis la métropole lilloise, s’y intéresse également.

