
- Michel Delcourt, Maître de conférences en retraite de l’Université de Lille 1
Michel Delcourt qui explique la RFID, c’est... la science racontée par Alain Decaux qui prendrait les traits du Dr Emmett Lathrop Brown, le savant de « Retour vers le futur ». Sauf qu’ici, on n’est pas dans la fiction. Très pédagogue, le réalisateur de « La RFID, quelle belle idée », explique avec des mots simples et non sans drôlerie une invention compliquée : la Radio frequency identification.
Dans le transport et le commerce
Ces puces savantes, plus connues sous le sigle RFID, ont d’ores et déjà trouvé de multiples applications dans l’économie. Le documentaire commence par donner l’exemple de la manutention de conteneurs sur une plateforme multimodale. Les informations électroniques qu’elles contiennent permettent de trier et de diriger automatiquement les conteneurs vers leur mode de transport. En terme de logistique, l’apport est considérable.
Mais les puces électroniques se développent dans notre vie quotidienne. Dès la fin de cette année, elles équiperont les cartes et tickets de transports en commun de la métropole lilloise. Porté par Lille métropole communauté urbaine, ce projet vise à remplacer les tickets de transport en papier pour les bus, le métro, le tramway ou le TER. L’usage des puces RFID s’étendra également à l’utilisation des parkings ou des vélos en libre service.
Remplacer le code barre
Le film s’attache plutôt à expliquer le remplacement à venir du code barre par les puces RFID. Appliqué à la distribution, l’usage des puces RFID permettra alors une gestion des rayons et des stocks en temps réel. Mais cela ira bien plus loin. Une puce placée dans l’emballage d’un article de consommation apportera de nouveaux services au consommateur. Celui-ci pourra ainsi mieux gérer le contenu de son réfrigérateur (en étant automatiquement informé du dépassement des dates de péremption des produits alimentaires ou de la nécessité de remplacer les produits consommés). Dans le domaine des achats vestimentaires, l’utilisation des puces pourra aller jusqu’à une meilleure répartition du linge dans la machine à laver ! En amont, c’est-à-dire au moment de l’achat, la RFID interviendra pour le paiement et pour le contrôle lors du passage en caisse. Ces usages deviendront possibles et généralisables dès lors que le coût de la puce, actuellement de 20 centimes environ, sera ramené à moins de 5 centimes. La recherche s’y emploie.
Tout cela, le documentaire de Michel Delcourt le montre de manière très concrète. Mais il n’omet pas de poser le problème éthique posé par cette avancée scientifique. Dans le domaine de la consommation, même si les puces peuvent être désactivées après le passage en caisse, rien n’empêche qu’elle soient réactivées ensuite. Mais surtout, la RFID donnera la possibilité de collecter de nombreuses informations concernant le client. On devine l’avantage qu’y trouveront les spécialistes en marketing.
La RFID dans la peau ?
De la même façon, le documentaire de Michel Delcourt évoque des applications qui prêtent beaucoup à caution. On pense notamment à l’insertion de la puce sous la peau. Cela est déjà expérimenté en Allemagne, pour l’entrée dans les discothèques ! De façon plus générale, des interviews témoignent d’un partage de l’opinion sur le sujet. Certains rejettent cette pratique au profit de l’insertion de la puce dans un bracelet ou un bijou. D’autres se disent favorables à la puce sous-cutanée. Mais toujours, les personnes interrogées mettent en valeur l’aspect pratique : un gain de temps lors des contrôles, de formalités administratives, voire du règlement des achats.
Les savants et les ingénieurs nous réservent-ils le « meilleur des mondes », s’interroge Michel Delcourt. La RFID mène-t-elle au rêve ou au cauchemar ? Lors de l’échange qui a suivi la projection du documentaire, au Club de la presse, des représentants du collectif « Herbes folles » ont fait entendre leurs craintes et leur opposition. Dans un tract intitulé « Little [Big Brother] XXL », ils dénoncent notamment le projet concernant les transports en commun de la métropole lilloise. Un projet qui, selon eux, risque de porter atteinte aux libertés individuelles des usagers (« Il sera possible de savoir précisément qui se trouve où et à quelle heure sur le réseau ») et pourrait mener, entre autres, à l’instauration d’une « liste noire des fraudeurs ». D’autre part, le collectif pointe du doigt l’extension du « Pass transport » pour en faire une « carte de vie quotidienne » qui serait utilisée dans tous les services municipaux (bibliothèques, cantines scolaires, salles de sport, etc. »
Pour Michel Delcourt, qui prévient contre la « dictature des ingénieurs », il faut cependant « faire confiance à la science » et il faut savoir en tirer le meilleur parti. Son documentaire, s’il fait la part belle à l’avancée de la technologie, a au moins le mérite de donner des explication claires sans occulter les dangers et inconvénients de la RFID. Il a été cofinancé par la SEM qui porte la télévision régionale Wéo, par EuraRFID et par la communauté d’agglomération de Saint-Omer.
Philippe Allienne