David Khildikharoiev, lors de sa venue au Club de la Presse, le 2 mai
David Khildikharoiev, journaliste tchétchène de 29 ans, a fui Grozny et le conflit russo-tchétchène. Arrivé en France en 2003, il a déposé une demande d’asile politique. Selon le rapport annuel 2004 de Reporters sans Frontières, la situation des médias s’est encore dégradée dans cette république du Caucase. David Khildikharoiev était l’invité du Club le 2 mai, la veille de la journée de la liberté de la presse.
Il aura vingt-neuf ans en juillet prochain. Mais cette année, David Khildikharoiev ne fêtera pas son anniversaire avec sa famille. Ce journaliste tchétchène a fui la guerre qui fait rage dans le sud de la Russie. Arrivé en France en 2003, il a déposé une demande de réfugié politique, dont l’instruction est en cours. Résidant dans les Ardennes, il est aujourd’hui sans nouvelles de sa famille et de ses proches.
Lorsqu’il poursuit ses études de langue, en 1994, il se rêve une autre vie que celle-ci. La guerre l’oblige à quitter Grozny, la capitale tchétchène. Depuis plus de dix ans, la guerre meurtrit cette petite république du Caucase dans un silence médiatique et diplomatique assourdissant.

Malgré le conflit, et après avoir repris des études par correspondance, le journaliste revient dans la capitale tchétchène et met en place une émission-jeu pour étudiants : "Le Caucase vu par les jeunes". Huit émissions ont été diffusées, sur les conséquences de la guerre, les victimes, l’avenir de la Tchétchénie, l’Islam et la guerre, les études, les rêves… "Dans mes émissions, j’expliquais que, alors que tout le monde avait l’arme à la main, notre pays avait besoin (…) de spécialistes dans tous les domaines", explique David Khildikharoiev. "Mais seuls nous attendait le désappointement, les bombes, le sang... En un mot, la guerre", ajoute-t-il.
En marge des ses émissions de télévision, David Khildikharoiev entame une carrière dans la publicité. Mais, en 1999, la tension militaire croissante pousse ses parents et son frère à s’éloigner de la capitale. "Fin septembre, Aioub Israpilov, le sous-directeur [de la société télévisée Marcho, pour qui il travaille], m’a annoncé que la société n’existait plus, que les Russes s’étaient emparés des bureaux et des archives, que le directeur Abou Mijidov avait été fusillé et que tous les autres collaborateurs étaient recherchés", raconte le journaliste. En novembre, avec quatre personnes, David Khildikharoiev gagne la Géorgie voisine, pays indépendant, et perd sa famille de vue.
"Je suis retourné cinq fois en Tchétchénie, rappelle-t-il. Nous apportions des médicaments. (…) Trois fois, Aioub est venu avec moi. Nous avons pris la caméra et, quand c’était possible, j’ai filmé les bombardements sur des villages pacifiques et sur les victimes civiles de la guerre", précise David Khildikharoiev. En parallèle, il essaie de réaliser un documentaire sur les réfugiés de guerre à Tbilissi, la capitale géorgienne.
Mais en juin 2003, le journaliste ne se sent plus en sécurité en Géorgie. Et en Tchétchénie, estime le journaliste, "il n’y a plus de média indépendant" (2). Des passeurs le conduisent en Europe, alors que son compagnon Aioub Mijidov est transféré aux forces russes par les Géorgiens.
Aujourd’hui, David Khildikharoiev suit des cours pour perfectionner son français. Plusieurs mois durant, il a collaboré bénévolement au journal anglophone "The Chechen Times" et a tourné un reportage pour France 3 Champagne-Ardenne. Il recherche de nouvelles collaborations en France. Mais son souhait le plus cher serait de retrouver sa famille. David est marié et père d’une petite fille.
Dans cette partie de la Russie, les journalistes sont particulièrement exposés. Arrestations, coups, détentions arbitraires, enlèvements, emprisonnements, le rapport annuel 2004 (3) de Reporters sans Frontières (RSF) multiplie les exemples d’entraves du pouvoir russe envers le journalisme. Depuis l’assassinat, en 1994, du journaliste du Moskovsky Komsomolets, Dmitri Kholodov, qui enquêtait sur la corruption de l’armée russe, ce type d’exemples s’est multiplié.
Mathieu Hébert
(1) www.chechentimes.org
(2) Lorraine Millot, dans Libération
(15 février 2005), cite l’exemple de deux journaux qui tentent de donner une information indépendante,la Société Tchétchène et la Voix de la République Tchétchène. Mais ces supports de quelques pages, tirés à 5000 exemplaires chacun, paraissent "un peu irrégulièrement", explique la journaliste française.
(3) www.rsf.org
David Khildikharoiev
E-mail : alhahildi mail.ru
tél. 06 84 85 37 46